La sobriété heureuse : et si le véritable progrès était de revenir à l’essentiel ?

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Joe Youkou, sophrologue, souriante à la terrasse d’un café, tient le livre Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi. À côté, la citation : « La sobriété n’est pas le renoncement, c’est un acte de résistance. »

Nous y sommes.

La technique commence à vouloir remplacer l’être humain.

Nous créons des outils capables d’écrire, de réfléchir, de créer des images, de composer, d’analyser, de répondre à nos questions en quelques secondes. Et nous en arrivons même à attribuer une très grande intelligence à des outils que nous avons pourtant, nous-mêmes, créés. Cela m’interpelle. Non pas parce que je serais contre le progrès, ni parce que je voudrais revenir en arrière, mais parce qu’une question me semble de plus en plus essentielle :

À quel moment avons-nous commencé à confondre le progrès avec l’évolution ?

Faire plus vite, produire davantage, consommer davantage, automatiser, optimiser, accumuler. Est-ce vraiment cela, évoluer ? Ou avons-nous simplement appris à faire toujours plus, sans nécessairement nous demander pourquoi ? C’est une réflexion qui m’est revenue récemment en pensant à un livre qui m’a profondément marqué : Vers la sobriété heureuse, de Pierre Rabhi.

Une rencontre avec un autre rapport à la vie

Lorsque j’ai découvert ce livre, quelque chose a résonné en moi. Je n’y ai pas seulement découvert une réflexion sur l’agriculture, la consommation ou notre rapport à la nature. J’y ai découvert une invitation à regarder autrement notre manière d’habiter le monde.

Pierre Rabhi nous parle de sobriété, mais pas d’une sobriété triste, punitive ou synonyme de privation. Il parle d’une sobriété heureuse. Et cette association de deux mots m’a particulièrement touché.

Parce qu’on nous a parfois appris à penser que, pour être heureux, il fallait avoir davantage. Davantage de confort, de possessions, de réussite, de reconnaissance, plus d’expériences. Toujours, toujours plus. Et si le bonheur pouvait parfois naître du mouvement inverse ?

Non pas avoir moins pour souffrir moins, mais avoir moins de superflu pour faire plus de place à l’essentiel.

La sobriété n’est pas le renoncement

Pour ma part, la sobriété heureuse n’est pas une invitation à se priver de la vie. Bien au contraire, c’est une invitation à choisir la vie. Choisir surtout ce qui a du sens, nous nourrit réellement, qui mérite notre temps, notre énergie, notre attention.

Parce qu’il existe une forme de richesse qui ne se mesure ni au nombre de choses que nous possédons, ni à la quantité de tâches que nous accomplissons.

Il y a la richesse d’un moment pleinement vécu, la richesse d’une relation sincère, celle d’un repas partagé, d’un corps que l’on habite, du silence, de la nature. La richesse d’une conscience qui sait encore s’émerveiller.

Et peut-être même la richesse toute simple de pouvoir dire :

« Je n’ai pas besoin de plus pour être pleinement vivant aujourd’hui. »

Et si nous avions aussi besoin d’une sobriété intérieure ?

Cette réflexion m’amène encore plus loin. Parce que nous pouvons vivre dans la sobriété matérielle tout en étant intérieurement dans le « toujours plus ». Toujours plus de pensées, toujours plus de sollicitations, d’informations, de comparaison, de validation, de besoin d’être vu, reconnu, aimé.

Notre époque nous donne accès à presque tout, presque immédiatement. Mais avons-nous appris à discerner ce qui mérite réellement notre attention ? Nous pouvons remplir notre vie sans jamais vraiment l’habiter. Nous pouvons être constamment occupés et pourtant profondément déconnectés de nous-mêmes.

Alors peut-être que la sobriété commence aussi ici :

Dans notre capacité à faire du tri.

En se posant ces questions :

Qui suis-je en train de nourrir ? Qu’est-ce qui me nourrit réellement ? Qu’est-ce qui m’épuise ?
Qu’est-ce que je continue à faire simplement parce que tout le monde le fait ?

Et surtout : qu’est-ce qui est véritablement essentiel pour moi ?

Le progrès sans conscience n’est pas signe d’évolution

C’est probablement l’une des réflexions qui me traversent le plus aujourd’hui. Je trouve fascinant tout ce que l’être humain est capable de créer. Notre intelligence, notre créativité, notre capacité à inventer et à transformer le monde sont extraordinaires.

Mais une invention n’est pas nécessairement une évolution. Un outil peut être extraordinairement puissant et pourtant être utilisé sans conscience. Une technologie peut nous faire gagner du temps sans nous apprendre à mieux vivre ce temps. Une machine peut accomplir certaines tâches à notre place sans pour autant nous rendre plus humains.

Alors la question n’est peut-être pas :

« Jusqu’où pouvons-nous aller ? » Mais plutôt : « Jusqu’où voulons-nous aller, et pourquoi ? »

Car avoir la capacité de faire quelque chose ne signifie pas nécessairement que nous avons intérêt à le faire. C’est là que le discernement devient essentiel.

Revenir à l’essentiel n’est pas revenir en arrière

J’aime cette idée parce qu’elle permet de sortir d’une opposition trop facile entre modernité et simplicité. Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, encore moins de condamner le progrès ou de vivre dans la nostalgie d’un monde qui n’existe plus. Il s’agit de ne pas laisser nos outils décider à notre place de ce qu’est une vie réussie.

Créer des outils, oui ! Devenir dépendants d’eux, non.

Progresser, oui ! Mais progresser avec conscience. Parce que l’évolution humaine ne se mesure pas uniquement à ce que nous sommes capables de produire. Elle se mesure aussi à notre capacité à aimer, à ressentir, à créer, à transmettre, à prendre soin, à partager, à nous émerveiller et à donner du sens à ce que nous faisons.

La sobriété comme acte de résistance

Aujourd’hui, choisir la sobriété peut presque sembler subversif. Résister au « toujours plus », à la comparaison, à l’urgence permanente, à l’idée que notre valeur dépend de ce que nous possédons, produisons ou montrons. Résister, surtout, à tout ce qui nous éloigne de notre propre boussole.

Et cette résistance n’a pas besoin d’être bruyante. Elle peut être profondément intime. Elle peut commencer par un choix. Une limite, un ralentissement, un non, un retour à la nature, un repas partagé, un téléphone posé, un moment de silence, une décision de consommer autrement, une envie de créer plutôt que de seulement consommer, une envie de vivre plutôt que de simplement fonctionner.

La sobriété est un acte de résistance.

Et si le véritable luxe était d’être pleinement vivant ?

C’est peut-être ce que je retiens aujourd’hui de ma lecture de Pierre Rabhi. La sobriété heureuse ne me parle pas seulement de ce que nous devons retirer de nos vies. Elle me parle de ce que nous pouvons enfin laisser entrer lorsque nous faisons de la place. Plus de présence, de conscience, de lien, de nature, d’authenticité, de gratitude, de joie, et finalement plus de vie.

Parce que peut-être que vivre simplement ne signifie pas vivre une petite vie, cela peut, au contraire, nous permettre de vivre une vie plus pleine. Une vie dans laquelle nous ne cherchons pas constamment à devenir quelqu’un d’autre, à posséder davantage ou à courir après ce qui nous manque. Une vie dans laquelle nous apprenons à reconnaître ce qui est déjà là.

Et peut-être que c’est cela, au fond, revenir à l’essentiel : Non pas retourner en arrière, mais revenir à soi.

À une époque où nous sommes capables de créer des outils toujours plus puissants, peut-être est-il temps de nous poser une question toute simple :

Et si notre véritable évolution ne consistait pas à créer des machines toujours plus intelligentes, mais à devenir des êtres humains toujours plus conscients ?

Et toi… qu’est-ce que tu pourrais simplifier aujourd’hui pour faire davantage de place à ce qui te rend profondément vivant ?

Cet article est une réflexion personnelle inspirée notamment de ma lecture de Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, un livre qui m’a beaucoup apporté et que j’ai eu envie de prolonger à travers mon propre regard et les questionnements de notre époque.

J’ai également consacré une synthèse de cette lecture à ma chaîne YouTube No Tabou, pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin dans cette réflexion.

Cette publication a un commentaire

  1. Mballa eyala

    Bonjour je commence à comprendre grâce à cet article la valeur de de l’homme dans le sens même de sa création. Merci

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